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  7. Oudéa-Castéra, Attal et l’Education...

C’est un parchemin infiltré entre deux pierres de la façade de la toute jeune école publique de Plougastel-Daoulas en Bretagne. Sur le papier, une certitude manuscrite, presque un avertissement : “Nous ne nous sauverons collectivement qu’avec l’école.” Ces mots ont été choisis, écrits et glissés au creux de ce mur quelques années plus tôt par Mona Ozouf, auteure, notamment, du formidable Composition française, récit intime dans lequel la philosophe et historienne rend hommage à l’école de la République. Emmanuel Macron dirait-il autrement ? Lui qui, en août dernier, déclarait dans Le Point, une poignée de semaines après avoir nommé Gabriel Attal ministre de l’Education nationale : “Compte tenu des enjeux, l’éducation fait partie du domaine réservé du président. […] Pourquoi je parle autant de l’école ? Parce que c’est le cœur de la bataille que l’on doit mener, parce que c’est à partir de là que nous rebâtirons la France.” Voici Gabriel Attal qui, dès la rentrée de septembre, se déploie, annonce un aussi flou que décapant “choc des savoirs”, remet pour la énième fois sur la table le débat autour de l’uniforme en proposant une expérimentation dans 100 établissements, interdit au passage l’abaya, s’invite aux 20 Heures…

Puis, les déconvenues de l’automne (une loi immigration qui tourne mal) et l’envie d’un grand chambardement. Réflexion, mouvement à l’Elysée, retour d’un ancien conseiller, Jonathan Guémas, qui cisèle cette idée de vœu présidentiel pour l’année nouvelle : “Un réarmement civique.” Associé à un projet qui sonne pharaonique : la “régénération”. Cela va de soi, cette dernière passera par l’école, fondement de notre République, dont la mission consiste à former des élèves pétris de savoirs. Identifié, pugnace, loué pour son dynamisme, le jeune ministre de l’Education nationale semble être l’homme de la situation. Le problème, c’est qu’il est aussi celui de la “régénération”, aux yeux d’Emmanuel Macron. Mutation express à Matignon et la rue de Grenelle se sent de nouveau délaissée. Un ministre fort, pour quoi faire ? “L’éducation fait partie du domaine réservé du président.”

Que tout le monde se calme, Emmanuel Macron a plus d’un tour dans son sac. Il posséderait même, selon un conseiller, “une machine absolue”, idéale pour le poste de ministre de l’école : Amélie Oudéa-Castéra. Pourquoi elle ? La polémique déclenchée par ses propos sur l’école publique et la scolarisation de ses enfants à Stanislas finit par évacuer cette question première. Parce qu’elle “a donné un coup de pied dans la fourmilière aux Sports, s’enthousiasmait un stratège élyséen au lendemain de son installation à l’Education. Elle a réussi à virer tous les patrons de fédérations du monde d’hier que personne n’avait réussi à virer donc le pari du président consiste à espérer qu’elle va délivrer.” L’exemple de la volonté politique, en somme.

De déconnexion en difficulté

Peu importe qu’AOC soit peu connue, moins politique que son prédécesseur, sans doute un peu déconnectée aussi quand elle observe à haute voix lors de son premier déplacement dans un collège des Yvelines que trois des élèves assis devant elle portent des baskets ; “l’incarnation, c’est le PR, et en deuxième Gabriel”, poursuivait, encore réjoui, notre interlocuteur. Ambition et cohérence pour l’éducation sacrifiées au nom de la régénération ?

Mais le choix de la nommer paraît aujourd’hui presque anecdotique à côté de celui de la maintenir. En tenant dès sa première sortie publique des propos erronés pour justifier son choix d’un établissement privé parisien pour ses fils, Amélie Oudéa-Castéra s’est, en un instant, privée durablement de l’autorité indispensable pour réformer. Il est une loi d’airain en politique : on ne retrouve pas sa puissance d’action quand la controverse gâte la crédibilité. Le doute engloutit tout, sauf lui-même. Huée lors de ses sorties, lâchée en coulisses par Matignon où l’on murmure qu’on préférerait “qu’elle la mette en sourdine”, contrainte de se “déporter des actes relatifs” au collège Stanislas, voici à présent son passé à la tête de la fédération de tennis et son bilan au ministère des Sports bousculés, entachés par le rapport de la commission parlementaire sur les fédérations sportives.

Outre un salaire très élevé quand elle présidait le tennis français, c’est aussi “la désinvolture avec laquelle le ministère des Sports a veillé au respect des lois et règlements en vigueur en matière d’éthique” qui se trouve pointé dans le rapport. Lequel conclut à “l’absence de volonté politique”. Soudain, la “machine” du président semble grippée. “Nous ne nous sauverons collectivement qu’avec l’école.” Mais qui pour sauver l’école ?

Source: Laureline Dupont

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