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Sitôt arrivée, déjà ailleurs. Rachida Dati n’est pas du genre à se soumettre à un quelconque devoir de réserve. Tenir une langue si pendue, quelle drôle d’idée ! Les usages sont bons pour les notables. La nouvelle ministre de la Culture n’a pas attendu que son nom soit égrené par le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler le 11 janvier pour s’installer rue de Valois. Elle avait mis dans la confidence une heure plus tôt parlementaires et édiles parisiens. Lors de cette visioconférence, l’ex-garde des Sceaux rassure ses pairs. Elle reste bien membre des Républicains, comme le lui a garanti Eric Ciotti. Deux heures plus tard, le patron de LR annonce son exclusion du parti.

Paris vaut bien un petit mensonge. La capitale est son obsession. La ministre n’a pas déballé ses cartons que son esprit vogue déjà ailleurs. Elle a annoncé ce mercredi sur RTL sa candidature à la mairie de Paris, après un simple déplacement officiel au château de Fontainebleau. La veille, Emmanuel Macron jurait lors de sa conférence de presse ne pas avoir évoqué avec elle ses ambitions locales. La Culture, rien que la culture. A droite comme dans la majorité, des esprits chagrins voient dans la sortie de Rachida Dati une “réponse” au chef de l’Etat. “Elle crante, et lui dit qu’il a intérêt à lui donner ce qu’elle demande”, glisse un hiérarque LR. Tous deux auront l’occasion d’en parler ce jeudi à Clichy-sous-Bois (Seine Saint-Denis), lors d’une visite commune des Ateliers Medicis, un lieu dédié aux voix artistiques nouvelles.

Modification de la loi électorale

Ainsi s’esquisse le “privilège Dati” : une bienveillance accordée à des comportements qui ne passeraient pas ailleurs. L’affichage précoce d’ambitions locales révèle son éparpillement ? On loue sa franchise. Ses attaques personnelles signent sa férocité ? Son sens de la formule est salué. François Baroin peut en témoigner, objet d’un tweet assassin de la nouvelle ministre après avoir critiqué son ralliement à Emmanuel Macron. Un ancien conseiller théorise : “Elle a une règle simple. Quand on commence à lui manquer, elle tire immédiatement une balle dans le genou, comme ça, on n’y revient pas.” A bon entendeur…

Le bulldozer est lancé. Il a récolté mardi une première victoire. Emmanuel Macron a lancé le chantier d’une révision de la loi électorale PLM (Paris, Lyon, Marseille), afin que les habitants des trois plus grandes villes français élisent directement leur maire. Le président du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale Sylvain Maillard déposera une proposition de loi dans les prochaines semaines, en vue d’une adoption définitive fin 2024. Rachida Dati tient à ce mode de scrutin, qu’elle juge plus avantageux pour son avenir. “Une vieille rengaine que la droite ressort depuis sa défaite en 2001”, raille-t-on à l’hôtel de Ville. Dès octobre 2023, elle évoquait en plein conseil de Paris ses échanges avec le président de la République sur le sujet, avant de le faire savoir sur Twitter.

Un nouveau mode de scrutin, c’est bien. Des alliances, c’est mieux. Rachida Dati souhaite rassembler la droite et la Macronie pour déloger la gauche en 2026. Elle sait combien la dispersion des voix a contribué à son échec de 2020. Le bulldozer, encore. “Je suis adepte de la méthode Sarko, confiait-elle en privé avant sa nomination. On se rassemble tous au premier tour. On fait un gros score et on crée la dynamique pour le second.”

“Condamnée à rester au gouvernement”

Son entrée au gouvernement s’inscrit dans cette stratégie, tant elle range la ministre dans la majorité présidentielle. Et tant pis pour les macronistes parisiens, peu ravis de cette arrivée surprise dans la famille. Poussez-vous, Rachida Dati vient partager le poulet dominical. “Dati est condamnée à rester au gouvernement jusqu’aux municipales, analyse un ministre. Maintenant on est lié. Il n’y a pas d’autre solution pour nous qu’elle à Paris, et elle n’a pas d’autre solution que nous.” Un maire LR d’arrondissement confirme : “Paris sera un combat très dur, Hidalgo n’est pas morte. Qui incarne hormis Dati ? Personne chez les macronistes, pas plus que chez nous. C’est un principe de réalité.”

Là réside la force Dati. La ministre est devenue la seule figure d’opposition à Anne Hidalgo, à coups de tweets rageurs et de formules cassantes au Conseil de Paris. Elle s’est bâti un monopole que peu contestent. La Macronie est pauvre en leaders charismatiques. La droite parisienne, aussi. Et comme ses deux forces n’ont guère de chances de l’emporter séparés…

“Elle perd toute singularité en entrant au gouvernement”

Il y a juste un problème. Éric Ciotti est un opposant à Emmanuel Macron. Le président de LR souhaite se différencier du chef de l’Etat pour incarner l’alternance en 2027. Le retour de la droite à l’Elysée passe par ce chemin. Une alliance parisienne un an avant la présidentielle ferait mauvais genre. Elle pourrait enfin faire tache d’huile et compliquer la campagne niçoise d’Éric Ciotti face au macroniste Christian Estrosi. Ce mardi, le cas Dati s’est invité au Conseil stratégique des Républicains. Le député des Alpes-Maritimes s’est empressé de calmer le jeu. “Notre choix n’est pas dicté par le gouvernement. Il n’y a aucune évidence à ce stade”, a-t-il expliqué en substance. Un candidat LR face à Dati ? Interrogé sur France 5, il a assuré mercredi soir que tout était “possible”, se bornant à promettre une présence des Républicains à Paris, sans plus de précisions. Il est urgent d’attendre.

Deux années nous séparent des prochaines municipales. Une éternité en politique. Rachida Dati aura-t-elle réussi son passage à la Culture ? Dans quel état sera la Macronie ? La droite aura-t-elle survécu à l’épreuve des européennes ? Tant de choix politiques découleront de la réponse à ces interrogations. L’heure est aux simples pronostics. Un cadre LR s’interroge : “D’ici à 2026, le parti ne sera plus vraiment en capacité de décider de beaucoup de choses. Mais Rachida Dati perd toute singularité en entrant au gouvernement. Cela peut la faire perdre. Hidalgo redevient “pirate”, les Parisiens aiment cela.” La gauche parisienne aimerait aussi que la ministre “meure” de sa promotion.

Au jeu des prédictions, lui n’est pas le moins légitime. En octobre 2022, Emmanuel Macron est au 100e anniversaire de la grande mosquée de Paris. Gérald Darmanin est là. Le ministre de l’Intérieur, l’homme le mieux informé de France, sonde des élus de la majorité : “Alors Paris ?” “On verra après les européennes”, lui répond-on. Lui n’a pas besoin d’attendre : “De toute façon, ce sera Dati.”

Source: Paul Chaulet, Eric Mandonnet

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