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Il serait le méchant ultime d’un film de James Bond. Celui qui voudrait, selon les jours, éradiquer la moitié de la population mondiale par une pandémie, soumettre le reste à une dictature totalitaire, le tout avec l’appui de nouvelles technologies permettant la surveillance permanente de tous. Pour Elon Musk, le sulfureux patron de X devenu un relais actif des complotistes, il aurait même l’ambition de devenir “l’empereur du monde” ou encore d’être à la tête d’un “gouvernement mondial non élu”. Rien que ça. Que ne faut-il pas lire sur Klaus Schwab, le président du Forum économique mondial qui organise chaque année le forum de Davos, dont l’édition 2024 se termine ce vendredi 19 janvier.

Cet économiste allemand de 85 ans, qui organisait en 1971 la première édition du “Symposium européen du management”, une réunion sans grande prétention de quelques entrepreneurs et professeurs d’économie, a transformé son événement pour en faire la grande messe annuelle du libéralisme. De quoi attiser les théories complotistes les plus vivaces. Prenez les leaders politiques et les chefs d’entreprise les plus influents au monde, mettez-les dans une station de ski suisse huppée, ajoutez-y une liste d’invitations très restreinte et un prix d’entrée pouvant approcher les six chiffres (hors chefs d’Etat, qui sont invités), des débats sur l’avenir de la société et des systèmes économiques mondiaux, et vous avez le cocktail explosif pour stimuler l’imagination de tout conspirationniste. Rien que cette année se sont succédé à la tribune Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron, Antony Blinken, Javier Milei, le Premier ministre chinois Li Qiang, sans oublier le patron d’OpenAI Sam Altman ou encore le CEO de Microsoft Satya Nadella.

“The Great Reset” ou la fin des démocraties

Mais les théories qui ciblent Klaus Schwab vont bien plus loin. Un ouvrage, publié en juillet 2020 avec l’économiste français Thierry Malleret et nommé Covid-19 : la grande réinitialisation, l’a fait basculer parmi les cibles privilégiées de la complosphère, rejoignant ainsi Bill Gates ou George Soros. Plus connu pour sa version anglaise The Great Reset, ce livre cherche à donner des pistes de réflexion sur l’évolution nécessaire du modèle capitaliste à l’aube de la pandémie. “Un monde moins clivant, moins polluant, moins destructeur, plus inclu­sif, plus équitable et plus juste que celui dans lequel nous vivi­ons à l’ère prépandémique”, est-il écrit. Le forum de Davos, en parallèle de ses négociations de business informelles très importantes, a toujours eu vocation à essayer de formuler des propositions et des réflexions sur l’avenir du libéralisme et du multilatéralisme, à l’image du thème de l’édition 2024, “Reconstruire la confiance”, ou encore de la place plus importante prise par les questions environnementales ces dernières années.

Rien de foncièrement très innovant, donc. Le livre ne rencontre d’ailleurs pas un succès commercial particulier. Mais c’est ce terme “Great Reset” qui est resté, et est depuis devenu le catalyseur de tous les fantasmes complotistes, notamment de la part des mouvements d’extrême droite. Ça y est, l’un des leaders l’avait déclaré expressément : l’objectif des “élites” mondialisées est bien de “réinitialiser” la population mondiale et de faire advenir un nouvel ordre mondial. Et ce par le biais d’une pandémie mondiale, qui devait tour à tour restreindre toutes les libertés, abolir la propriété individuelle, détruire les démocraties pour faire advenir un gouvernement totalitaire mondial. En France, son interprétation complotiste la plus concrète fut le documentaire Hold-Up, sorti en novembre 2020, et qui a largement contribué à diffuser toutes ces théories.

Si, avec la fin de la pandémie, on aurait pu imaginer que cette mouvance s’éteigne lentement, il n’en a rien été. Des posts sur les réseaux sociaux ont ainsi affirmé que le père de Klaus Schwab, Eugen Schwab, avait été un intime d’Adolf Hitler et avait dirigé un camp de concentration en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale. Une rumeur vite démentie par l’AFP.

Sans oublier les accusations de pédocriminalité du patron du forum de Davos, un classique de la mouvance QAnon, selon qui les élites mondiales s’adonneraient à des crimes pédophiles, cannibales, satanistes… Les adeptes de ces théories oublient d’ailleurs bien vite que leur gourou Donald Trump s’est lui-même rendu à Davos en 2020, premier président américain à le faire depuis Bill Clinton en 2000. Et que s’il n’avait jamais été dans la station de ski suisse auparavant du temps de sa carrière d’homme d’affaires, c’est car il n’y avait jamais été invité.

La “maladie X”

Chaque mois de janvier, toutes les rumeurs ressortent donc sur ce qui se tramerait à Davos. S’il est bien sûr nécessaire et sain de s’interroger sur cet événement élitiste aux chiffres vertigineux – 409 millions de francs suisses de bénéfices l’année dernière pour l’organisation, plus de 1 000 jets privés affrétés en 2022 selon Greenpeace, une cotisation annuelle au World Economic Forum à plus de 50 000 euros par an selon Business Insider –, cette critique est aujourd’hui devenue le réceptacle de toutes les théories.

Dernier exemple en date : l’organisation d’une table ronde cette semaine pour “se préparer à la maladie X“. Il n’en fallait pas plus aux complotistes pour affirmer que les élites mondiales préparaient déjà délibérément une prochaine pandémie… alors que ce terme est en réalité celui d’une pathologie fictive hypothétique créée en 2018 par l’OMS, afin que la médecine puisse travailler sur la possibilité d’une future épidémie mondiale. Elle l’a même ajoutée à sa liste des maladies et agents pathogènes prioritaires pour la recherche et développement, aux côtés du Covid-19 ou du virus Zika. Bien loin des fantasmes de la complosphère, donc. “J’aimerais que les gens qui attaquent le forum, ou qui m’attaquent moi, lisent mieux ce que j’écris ou ce que je dis, parce que quasiment toutes les citations qui circulent autour de moi sont fausses”, avait déploré Klaus Schwab auprès de Franceinfo en 2023. Il semblerait qu’il soit déjà trop tard.

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