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  7. Colère des agriculteurs :...

Une fois n’est pas coutume, Jordan Bardella a délaissé les chaussures de costume. Ce samedi, c’est chaussé de ses nouvelles bottes qu’il s’est rendu dans une exploitation bovine de Gironde, aux côtés du député Grégoire de Fournas, pour rencontrer des agriculteurs. Voilà plusieurs jours que la colère monte dans le monde agricole, et que les actions de blocage se multiplient sur le territoire. A cinq mois des élections européennes, le parti d’extrême droite veut jouer la carte de la ruralité et espère capitaliser sur le malaise agricole. Mardi, c’est auprès des pêcheurs de Lorient que s’est rendu Jordan Bardella, toujours dans la même optique. Serrer quelques mains, faire deux ou trois images, et livrer les éléments de langage du Rassemblement national sur la question.

En ligne de mire, l’Union européenne, son élargissement à l’Ukraine, les différents traités de libre-échange et le Green deal, pacte vert pour l’Europe qui vise à atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050. A la place, Jordan Bardella défend “l’exception agriculturelle”, ou l’exclusion du secteur agricole des accords de libre-échange signés par l’UE. Les frontistes ne sont pas aveugles. Voilà des mois qu’ils lorgnent sur leurs voisins allemands et néerlandais, et sur la façon dont leurs alliés européens d’extrême droite ont surfé à leur manière sur la colère des agriculteurs. Les élections européennes du mois de juin approchent, en campagne on fait feu de tout bois. Quitte à ne pas condamner des actions violentes commises par certains agriculteurs, comme l’explosion d’un bâtiment à Carcassonne par des viticulteurs, dans la nuit du 18 au 19 janvier. Cette année encore, Jordan Bardella a prévu de passer 48 heures au salon de l’agriculture. Et voici que ces dernières heures, plusieurs élus du Rassemblement national ont modifié leurs photos de profil sur les réseaux sociaux, la retournant à la manière dont les agriculteurs avaient retourné des panneaux de villes, il y a quelques semaines, pour manifester leur mécontentement. Plus c’est gros, plus ça passe ?

Des liens avec les syndicats

Voilà une vingtaine d’années que les agriculteurs ont pris le RN (et FN avant lui) en sympathie. Depuis 2002 et l’irruption de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Une tendance qui s’est solidifiée au fil des crises économiques, du discours anti-mondialisation de Marine Le Pen, et du sentiment de déclassement social ressenti par la profession associé à la progression d’un euroscepticisme. Au RN, deux élus sont chargés de la question : l’eurodéputé Gilles Lebreton et le député du Médoc Grégoire de Fournas. Le premier siège à la commission de l’agriculture et du développement rural au Parlement européen, le second, viticulteur, s’est pris de passion pour la cause. C’est Gilles Lebreton qui, en 2022, a mis Marine Le Pen en contact avec des cadres de la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) après avoir été contacté et reçu par ces derniers dans une ferme de Haute-Normandie. Lui aussi qui échange régulièrement avec Christiane Lambert, ancienne présidente de la FNSEA, aujourd’hui directrice du Copa, principal syndicat agricole européen. “Il y a eu une normalisation de nos relations, avant 2019 elle n’acceptait jamais de rencontrer les représentants du RN, assure ce dernier. Elle et son entourage m’ont fait comprendre qu’ils avaient été satisfaits de mes votes au Parlement européen.”

Manifestement pas sur la même longueur d’ondes, Christiane Lambert soutient : “Les eurodéputés du RN ne sont absolument pas un bon relai. Combien de rapports ont-ils produits ? Ils sont loin d’être ceux qu’on voit le plus, ils n’ont pas travaillé au niveau européen, ils n’étaient pas là pour beaucoup de votes. Là ils votent sur les trois derniers mois, avec un discours à variables d’ajustements, mais c’est très opportuniste, la ficelle est un peu grosse.” Une prise de conscience tardive que leur reprochent également les agriculteurs. “Cela fait des mois que les élus de tous bords parlent de souveraineté alimentaire, mais ce n’est que de la communication, s’agace Germain Bach, agriculteur responsable de la FNSEA en Moselle. Le RN, ils font de la récupération comme tous les autres partis. Ils se sont réveillés parce qu’il y a eu une mobilisation spontanée de la part des agriculteurs, mais sinon on ne les aurait pas entendus. C’est parti de la base, et aujourd’hui les partis essayent de récupérer cette colère, il ne faut pas avoir de gêne pour être politicien. Nous, on a perdu confiance dans les partis politiques, on ne croit plus à leurs communiqués, on veut des actes forts.”

“Nous n’étions pas leur préoccupation première”

En Moselle, où trois députés sur neuf sont issus du Rassemblement national, les liens existent entre élus de droite et d’extrême droite et agriculteurs. On cite notamment Alexandre Loubet, député et directeur de campagne de Jordan Bardella pour les élections européennes, ou Fabien Di Filippo, député Les Républicains. Mais tous dressent le même constat : si les députés sont à l’écoute, aucun changement tangible n’a été remarqué après les échanges. “Quand vous écoutez la radio ou la télévision, le RN jure qu’il est toujours aux côtés des agriculteurs, commente Julien Viville, responsable en Moselle des Jeunes agriculteurs. Ils tentent de récupérer le mouvement, c’est clairement visible, mais on ne voit aucun impact dans la vie de tous les jours.”

Autre sujet d’agacement : le double discours entretenu par les frontistes face aux agriculteurs et aux acteurs de la grande distribution. En mars dernier, le vice-président de l’Assemblée nationale et député RN du Nord Sébastien Chenu posait, tout sourire, aux côtés de Michel-Edouard Leclerc, pourtant décrié par une grande partie des agriculteurs français pour sa politique d’achat menée à leur encontre, et ce, au moment de l’examen d’une proposition de loi entre les fournisseurs et les distributeurs au Palais Bourbon. Conserver son électorat populaire tout en gagnant du terrain du côté du patronat, c’est le fil sur lequel marche le RN depuis des mois. “Là, ils voient bien qu’il y a un gros sujet devant l’ampleur du mouvement, assure Julien Viville. Mais nous n’étions pas leur préoccupation première. Le problème c’est qu’aujourd’hui, on n’est plus suffisamment nombreux pour être le corps de métier qui permet de se faire élire.”

Source: Marylou Magal

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